Quelle chance !
En tout juste deux mois, j'ai découvert trois livres aussi remarquables les uns que les autres qui, tous les trois, touchent à l'essentiel : la liberté intérieure, la guérison profonde et la rencontre avec l'ombre. Occupé au lancement de mon propre dernier titre, je trouve enfin un moment pour parler de ces trois perles.
Commençons par le premier.

Depuis plus de 40 ans, je suis passionné par tout ce qui peut nous conduire vers notre liberté intérieure. Sur ce chemin, quelques auteurs sortent particulièrement du lot : Viktor Frankl, évidemment, mais aussi Jacques Lusseyran, le Dr Lewis Mehl-Madrona, et bien sûr don Miguel Ruiz dont tout l’enseignement, au fond, vise à nous faire conquérir cette liberté-là.
Je ne pouvais donc qu’entrer en forte résonance avec "La révolution intérieure", paru en janvier de cette année aux Editions des Equateurs, un livre qui ne parle que de cela, et de la façon la plus poignante qui soit puisqu'il s'agit d'une expérience vécue. Comme le dit la 4e de couverture : "De 2022 à 2024, Louis Arnaud a été otage en Iran, enfermé dans l’une des prisons les plus redoutables du monde. (…) Pourtant, c’est en prison qu'il découvre la liberté. Son récit est celui d’un apprentissage de la liberté intérieure."
La première chose qui m'a frappée, c'est que ce livre est extrêmement bien écrit. Oui, je sais, ça peut paraître paradoxal de commencer par parler de la forme d'un ouvrage porteur d’un tel sens, mais c'est qu'il s'agit de l'oeuvre d'un amoureux du beau et de la poésie. C'est cela qui l'attire en Iran. Cela se sent d’ailleurs dans son interview bouleversante avec Fabrice Midal. Il y a chez lui beaucoup de finesse, de délicatesse.
Mais surtout, bien sûr, il y a ce chemin intérieur impressionnant que cette terrible épreuve lui impose et qui lui permet de découvrir une liberté que la plupart des gens prétendument « libres » ne connaissent pas, celle que Frankl avait découverte lui aussi et d’autres également avant eux (dont Gandhi et Mandela, sans doute). Il y a, dans les passages où il fait peu à peu cette découverte, des enseignements extrêmement forts, inspirants, particulièrement pour celles et ceux qui ont vraiment à coeur de cheminer eux aussi vers cette liberté, et pas seulement de lire le témoignage de quelqu’un d’autre, sans sentir à quel point cette liberté-là nous concerne tous. Depuis toujours, je déplore cette illusion de liberté qui est celle de la plupart de nos contemporains. « Il y a pire qu’être prisonnier », ai-je coutume de dire. « Croire qu’on est libre. Car le prisonnier cherche à s’échapper, mais pas celui qui se croit libre. »
Ce qui me touche particulièrement dans ce livre, c’est qu’il n’est pas linéaire. Ce n’est pas : j’ai souffert terriblement, puis je trouve ma liberté intérieure, et hop ! ça y est. Non. Après cette première étape, il y a la rencontre avec des co-détenus merveilleux que Louis Arnaud nous fait profondément aimer. Partant, son centre de gravité intérieur change à nouveau. Alors, quand ils sont libérés… patatras : nouvel effondrement. Du coup, un nouveau cheminement intérieur s’impose.
Ces revers sont d’une grande richesse de sens, car la vie est cyclique, ou plutôt en spirale qui s’élève. Elle n’est pas linéaire. C'est pourquoi ce témoignage sonne d’autant plus fort, plus vrai, plus humain. On n'est pas dans un film de super-héros américain, dirait Wajdi Mouawad dont je parlerai aussi ici très prochainement.
Le témoignage de Louis Arnaud m'évoque aussi les « héros du pardon » – comme je les appelle affectueusement – que j’ai eu la chance de rencontrer. Des gens ayant transformé le plomb de leurs pires épreuves en paillettes d’or qu’ils offrent à la ronde. Tous et toutes disent clairement que si demain, à nouveau, la vie leur imposait une nouvelle épreuve aussi terrible, ils ne la traverseraient pas en claquant des doigts, comme ça. Tout au plus ont-ils l’avantage de savoir que cette traversée, cette alchimie sont possibles. Ce qu'ils ont acquis, c’est une aptitude, des compétences, pas un état fixe ad vitam aeternam, loin des vicissitudes de la vie. Et cela "La révolution intérieure" le souligne bien.
Louis Arnaud ne parle pas de pardon dans son livre, d'ailleurs, mais il est frappant de voir que son chemin le conduit lui aussi à ne pas être dans la haine, et cela c’est exceptionnel, c’est admirable (et fait écho au fameux « Vous n’aurez pas ma haine » d'Antoine Leiris, qui a perdu sa femme dans l'attentat du Bataclan). D’une manière différente – et c’est tant mieux, car de fait les chemins sont multiples – l'auteur arrive au même endroit que le pardon en conduit certains. A cette liberté intérieure. Chez Louis Arnaud, chose remarquable, ce chemin passe par la gratitude.
Ce livre est également captivant par l’incroyable succession d’événements qui le ponctuent. Là encore, ce n’est pas linéaire. En tant que lecteur, on se retrouve donc à suivre tous les rebondissements de son parcours qui s’apparente plus à une rivière pleine de méandres et de rapides qu’au canal du midi. Cela aussi fait sa force et l’impact de son message, ainsi que la diversité des enseignements que l'auteur en retire et partage avec nous. On est pris d’un bout à l’autre.
C'est donc un livre rare, qui va rester très durablement imprimé en moi. Un livre à lire et à relire, car il est impossible d'en assimiler toute la richesse en une seule lecture. Ce n’est pas un texte qu’on lit et qu’on oublie aussitôt. Il va bien évidemment rejoindre les références essentielles que je donne dans mes ateliers, conférences et formations.
J'ai même sollicité notre merveilleuse librairie locale pour l'inviter à venir animer une conférence-dédicace en Saône-et-Loire, d'où il se trouve être originaire. Une conférence qui promet d'être d'autant plus instructive et complémentaire à son livre que Louis Arnaud fait le choix d'y partager avant tout les enseignements qu'il a tirés de cette longue épreuve, et qu'il transmet aussi dans les formations qu'il anime. Hâte de le rencontrer !


